• Une de mes peintures - Cunégonde

     

     

    Une de mes peintures - Cunégonde

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    Une de mes peintures - Cunégonde

     

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    J’ai tant d’Amour au cœur...

    J’ai le cœur si plein de joie, tout se dénature ! Et fleur blanche qui rougeoie semble la froidure ; par le vent, la pluie, s’accroît ma bonne aventure ; mon chant monte et se déploie et mon prix perdure. J’ai au cœur tant d’amour, de joie et de douceur, que le gel me semble fleur, la neige verdure.

    Je puis aller sans vêture, nu sous ma chemise, car un pur amour m’assure de la froide bise, mais fou qui par démesure n’en fait qu’à sa guise ! De moi-même j’ai pris cure dès que l’eus requise : La plus belle d’amour, dont j’attends tant d’honneur, car en lieu de sa grandeur. Je ne voudrais Pise !

    Quoiqu’elle me l’interdise, je garde confiance ! Car j’ai au moins conquise sa douce obligeance ; j’eus, bien qu’elle m’éconduise, tant de réjouissance, qu’au revoir n’auront d’emprise, sur moi mes souffrances ! Mon cœur est près d’Amour, l’esprit auprès du cœur, mais le corps ici, ailleurs, si loin d’elle, en France.

    Toute ma bonne espérance bien peu me seconde, elle me tient en balance comme nef sur l’onde. Ces pensées m’ôtent le sens, la nuit, me confondent ; je tourne et vire en tous sens, tant ma peine abonde. Je languis plus d’amour que Tristan en son cœur qui souffrit maintes douleurs pour Iseut la blonde.

    Dieu, que ne suis-je l’aronde qui vole dans l’air pénétrant la nuit profonde jusqu’à son repaire. Oh ! Belle dame gironde, votre amant se perd ! Je crains que mon cœur ne fonde si je désespère… Dame, pour votre amour. Je prie avec ardeur ; beau corps aux fraîches couleurs, j’ai pour vous souffert !

    Au monde, il n’est nulle affaire qui autant m’inspire ! Pour peu qu’il en soit matière là mon cœur chavire et mon visage s’éclaire ! Que pourrais-je dire sans qu’à vos yeux ne s’avère qu’il me prend de rire ? Si franc est mon amour que maintes fois j’en pleure ; meilleure en est la saveur qu’offrent les soupirs !

    Messager, va et cours ! Et dis à la meilleure la détresse et la douleur qui font mon martyre. Bernart de Ventadour « Chansons »

     

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